Espace, Texte / Réseau vivant


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L’excitation due à la lecture d’un numéro spécial de Pour la Science consacré à Alan Turing, l’un des pères de l’informatique, m’a fait griffonner sur les pages des schémas concernant l’organisation de réseau d’ordinateurs. S’inspirant également des travaux d’Edgar Morin sur la complexité du vivant et notamment sur son auto-éco-organisation, je me suis demandé si, au lieu d’être organisés extérieurement, les ordinateurs, tels un organisme vivant, peuvent s’auto-éco-organiser.

C’est-à-dire, s’ils peuvent s’organiser seuls en réseau en tenant compte de leur environnement, sans qu’un agent externe n’interviennent. Après quelques tergiversations, voici le fruit d’une réflexion logico-trigono-mathématico-tangotango-informatique.

 

Réseau auto-éco-organisé

Pour que les ordinateurs puissent former un réseau viable, il faut, pour le moins, que chacun sache où il est dans le réseau et que les autres puissent le retrouver dans ce réseau. Il faut donc que chacun ait une adresse. Les ordinateurs ont donc chacun une adresse IP (pour Internet Protocol) définie extérieurement par ceux qui ont conçu pareil réseau. Mais peuvent-ils s’auto-éco-adresser, après que leur ait été implantés les outils et connaissances nécessaires à cela?

Voici une suite d’étapes pour une possible auto-éco-organisation d’un parc informatique:

1a) Soit un cercle défini par son centre et son rayon (quelconques), assimilable à un individu. On suppose que le cercle à la connaissance des concepts de point, de ligne et d’angle.

1b) Cet individu est soit créé de l’extérieur du milieu par une divine onction, soit auto-éco-créé par les éléments du milieu. On suppose donc qu’au départ il n’y a pas rien, et d’ailleurs telle n’est pas la question.

2) On suppose également que cet individu a les capacités de créer des lignes droites passant par son centre et, perpendiculairement, par sa circonférence.

3) Cet individu sait aussi reconnaître un semblable et échanger avec lui des informations (communiquer).

4) Un premier individu (A) établi une première droite immuable de référence (axe). Ce qui lui permet de distinguer différentes directions par rapport d’angles.

5) Un deuxième individu (B) surgit et crée une ligne (canal de communication) au hasard. Ce canal atteint tôt ou tard, après rotation et élongation, son congénère (A). Celui-ci accepte le canal et, une fois le canal entré dans le cercle, donne les instructions à (B) pour l’adapter à son propre centre.

6) Pour se situer l’un par rapport à l’autre il faut que le rapport entre le canal et leur axe de référence respectif soit complémentaire. Dans ce cas la somme des angles est 180°. Protocolairement le nouvel arrivant se cale sur son partenaire. Donc (B) tourne autour de son propre axe sans que son canal de liaison ne le suive et s’arrête dès que l’angle β entre l’axe et son canal correspond à 180° diminué de l’angle α communiqué par (A).

7) Ainsi l’individu (A) a l’adresse d’angle α pour l’individu (B) et ce dernier a l’adresse d’angle β pour (A).

8) Surgit alors un individu (C) qui cherche à se connecter à un congénère.

9) Le troisième comparse se connecte à (A). Celui qui possède le plus de connexions défini son adresse et l’adresse du nouveau venu.

10) Un individu déjà existant cherche une connexion.

11) L’individu a la recherche d’une connexion se connecte et en cas d’égalité de connexions par individu, ils décident quelles adresses ils se donnent mutuellement en fonction des adresses que déjà ils ont dans leur répertoire respectif, avec une préséance protocolaire pour celui qui reçoit le nouveau canal.

12) Un quatrième individu se connecte. Notons que la dénomination des individus (A, B, C, …) n’était nécessaire que pour l’explication et qu’en fait ces dénominations ne sont pas nécessaires aux individus car ils se nomment par les adresses définies dans et par le réseau. Chaque individu a plusieurs adresses. Chacune d’elles n’est valable que pour un seul autre individu. Notons également au passage que si le code n’était pas un rapport angulaire, les adresses différentes pourraient peut-être être limitées au nombre de connexions de l’individu le plus connecté ou au nombre maximum de connexions défini préalablement par individu. Chaque individu est donc en contact avec d’autres individus qui ont des adresses, pour lui, différentes. A priori, dans une population, des adresses peuvent se répéter mais ces adresses identiques ne sont pas valables pour les mêmes individus. On peut voir à ce stade qu’un individu est connecté à un autre par un chemin direct ou d’autres indirects.

13) Si une connexion directe entre deux individus est rompue, les individus n’en perdent pas pour autant leurs adresses respectives. Ils en conservent la mémoire historique: lors de la connexion, chacun a attribué une itération à l’adresse de l’autre (α1, α2, β1, …). Ainsi de proche en proche ils peuvent communiquer à nouveau par le truchement d’autres congénères: leurs repères étant angulaires, ils cherchent à retrouver la somme angulaire adéquate (donc l’adresse) du congénère perdu puis se reconnaissent grâce à la mémorisation réciproque de leur relation passée (pour le moins de leur adresse itérée). Ils peuvent même, à chaque nouvelle connexion directe, calculer quelques connexions indirectes (au cas où…).

14) Nous voici donc dans une hiérarchie réticulaire redondante auto-éco-organisée. Il n’est plus nécessaire d’avoir un adressage externe et les serveurs dédiés nécessaires pour cela. L’organisation est distribuée. Elle n’est plus ni centralisée, ni multi-polaire. Nous sommes en anarchie stricto sensu.

Bien sûr cet échafaudage est conceptuel: je vois mal un ordinateur tout rond agitant des bras dans l’espace. Néanmoins, et c’est là que je laisse à d’autres le soin ou de m’oublier ou d’imaginer une suite, est-il possible de mettre ou que se mette en place semblable organisation ?

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